Fidèle
aux anciens usages, pour mon père, la grande fête, c'était la
veillée de Noël. Ce jour-là, les laboureurs détalaient de bonne
heure ; ma mère leur donnait à chacun, dans une serviette, une
belle galette à l'huile, une rouelle de nougat, une jointée
de figues sèches, un fromage du troupeau, une salade de céleri
et une bouteille de vin cuit. Et qui de-ci, et qui de-là, les
serviteurs s'en allaient, pour "poser la bûche au feu",
dans leur pays ou dans leur maison. Au Mas ne demeuraient que
les quelques pauvres hères qui n'avaient pas de famille ; et,
parfois, des parents, quelques vieux garçons, par exemple, arrivaient
à la nuit, en disant :
-
Bonnes fêtes ! Nous venons poser, cousins, la bûche au feu,
avec vous autres.
Tous
ensemble, nous allions joyeusement chercher la "bûche de
Noël", qui devait être un arbre fruitier. Nous l'apportions
dans le Mas, tous à la file, le plus âgé la tenant d'un bout,
moi, le dernier-né, de l'autre ; trois fois nous lui faisions
faire le tour de la cuisine ; puis, arrivé devant la dalle du
foyer, mon père, solennellement, répandait sur la bûche un verre
de vin cuit, en disant :
"Allégresse
! Allégresse, mes beaux enfants, que Dieu nous comble d'allégresse
! Avec Noël, tout bien vient : Dieu nous fasse la grâce de voir
l'année prochaine et, sinon plus nombreux, puissions-nous n'y
être pas moins."
Et
nous écriant tous : "Allégresse, allégresse, allégresse
!" on posait l'arbre sur les landiers et, dès que
s'élançait le premier jet de flamme : "A la bûche boute
feu !" disait mon père en se signant. Et tous, nous nous
mettions à table.
Oh
! la sainte tablée, sainte réellement, avec, tout à l'entour,
la famille complète pacifique et heureuse...
- par
Frédéric Mistral
- Mon
enfance, Mémoires, récits, Edition Plon, 1920

Noël
slave d'autrefois
Même
si Noël (célébré le
7 janvier selon le calendrier julien)
n'est pas la fête la plus importante chez les orthodoxes (la
fête essentielle étant Pâques) la
veillée de Noël a toujours été un moment
magique durant mon enfance. La fête est destinée à célébrer
la naissance du Christ, mais également l'amour familial et la
maison.
Mon grand-père, fidèle aux traditions
sans être un pratiquant puriste,
répandait de la paille sur le sol dans la pièce où nous
serons tous réunis afin de symboliser l'étable où le Christ
a vu le jour. Le sapin était magnifiquement décoré de petites
pommes rouges, de noix peintes, de petites figurines en bois
et de guirlandes que nous, les enfants, préparions joyeusement.
Ma grand-mère Natalia installait sa plus belle
nappe blanche et y dressait la table avec de somptueuses
assiettes, verres en cristal de bohème et argenterie brillante.
Au centre de la table en fête, elle déposait une grande bougie
de Noël et juste à côté elle disposait 4 belles pommes rouges
sur lesquelles elle posait le pain de Noël confectionné avec
ma maman, tout rond, doré,
décoré si délicatement de petites feuilles et fleurs en pâte. Chaque année
elles nous surprenaient par la beauté de ce "gâteau".
Par-dessus, elles "jetaient" des grains de blé, de maïs et des
noix symbolisant ainsi les voeux de bonheur, santé et prospérité
dans la maison.
Lorsque
l'obscurité tombait et que la première étoile apparaissait,
on pouvait se mettre à table. Juste avant, mon grand-père
sortait dans le jardin pour ramener le "badnjak" (ce
mot vient du verbe "bdeti" 'attendre' du vieux
slave et signifie qu'à la veille de Noël on est en attente de
l'heureux événement c.à.d. la naissance du Christ)
branche d'arbre coupée à l'aube et adossée à l'entrée de la
maison. En rentrant, il nous saluait tous en disant : "Bonsoir,
le Christ est né" et nous lui répondions en cœur "C'est vrai, il est né". Ma grand-mère parsemait sur son
mari et sur le badnjak des grains de blé afin que l'année
nouvelle soit heureuse et prospère à tous. On aurait dit des
petites étoiles qui dansaient joyeusement autour d'eux.
Le
menu de la veillée de Noël est chaque année identique. C'est
encore la période de jeûne. La famille est réunie à table autour
de douze plats qui ne contiennent pas de viande : l'on trouve du poisson,
du riz, blé, haricots blancs et autres légumes, des pâtes aux
noix, il y a obligatoirement du miel pour que l'année soit douce,
de la compote de pommes et pruneaux, des poires, du raisin sec,
etc. Avant de commencer le souper, le grand-père, fait
symboliquement une croix dans la salle à manger en y jetant des
noix aux quatre coins qui resteront
au sol dela pièce tout au long des festivités, puis, c'est le moment que
j'aimais le plus dans nos traditions : il se signe, allume avec
mille précautions la bougie de Noël, la passe au-dessus du pain
de Noël posé sur les pommes rouges, puis fait doucement le tour
de la table portant la bougie au-dessus de chacun de nous chantant
"Ta naissance, Christ notre Dieu, nous a sauvé...".
Il revient à sa place en continuant de chanter "Notre
père" ... J'aimais tant écouter la voix basse et si
veloutée de mon grand-père, elle me rassurait, me guidait, me
donnait la force d'aller toujours plus loin quelque soit l'obstacle
à franchir. Elle représentait toute la dimension de notre cellule
familiale remplie d'amour et de respect. Nos réunions de famille
à l'occasion de Noël étaient un véritable retour aux sources
qu'aucun de nous n'aurait jamais manqué ! C'est dans ce souvenir
qu'aujourd'hui encore je puise ma force.
Pour
les cadeaux
il faudra attendre le jour de l'an, 14 janvier, afin que Grand-père
Gel les ramène (Grand-pèred Gel est le père Noël chez les orthodoxes)
~
Que la paix de Dieu soit en vous, le Christ est né ~
Par Séka
Pianovic

Noël
d'autrefois au Québec
La fête de Noël était à l'origine une fête strictement
religieuse.
Dès le début
de décembre, la mère commençait à préparer la nourriture pour
les fêtes. On nommait "le temps des fêtes" la période qui
commençait le 24 décembre et qui se terminait le 6 janvier parce que pendant
cette période, les rencontres étaient très fréquentes. On peut même dire
que le temps des fêtes durait jusqu'au Mardi Gras, dernier jour avant le début
du Carême.
Vers le
8 décembre, on faisait boucherie.
On tuait les animaux qu'on avait engraissés durant la période estivale.
On plaçait la viande dans la cuisine d'été (pièce qu'on ne chauffait pas durant
l'hiver) Il faut être bien conscients que les réfrigérateurs n'existaient
pas à cette époque. Ensuite, on préparait tartes, gâteaux aux fruits,
beignes... qu'on y gardait au froid. Les familles étant nombreuses, il
fallait se préparer d'avance si on voulait nourrir toute la parenté.
A Noël.
on ne donnait pas de cadeaux. Les étrennes étaient réservées pour le Jour
de l'An. On allait à la messe de minuit, mais les enfants les plus jeunes
restaient à la maison avec la mère généralement. Il faut dire aussi que
les grand-parents demeurant souvent à la maison pouvaient aussi garder les
enfants. La messe était à minuit dans ce temps-là. Il y en avait trois
: la première très longue avec les prières en latin. Tout le
monde allait communier ce jour-là et seul le curé donnait la communion, ce qui
avait pour résultat d'allonger encore la messe. Chacun s'agenouillait près
de la balustrade et le curé déposait l'hostie consacrée sur la langue de
chaque fidèle.
Les
autres messes étaient beaucoup plus courtes. Une chorale préparait des
cantiques comme "les Anges dans nos Campagnes", "Ca Bergers", "Dans cette Etable",
"Nouvelle Agréable", "Il est né le Divin Enfant". La grand’messe de minuit
était beaucoup plus élaborée avec ses chants qui clôturaient avec les fameux
Adeste Fideles et le «Minuit Chrétien». On attendait avec impatience le moment
magique du «Minuit Chrétien» qui était chanté la plupart du temps à la clôture
de la grande messe. Cette messe était aussi l’occasion de découvrir la belle voix du
village tant attendue qui avait été choisie pour entonner le fameux hymne de Noël
avec la chorale du village. Après la messe chacun y allait de son cru pour
commenter et dire sa satisfaction sur ce qu’on avait entendu.
Ensuite,
chacun retournait chez lui ou dans sa parenté pour « réveillonner» autour du sapin de Noël
où la dinde et tourtière
étaient à l'honneur. On mangeait des cretons, du ragoût de pattes de
cochon. Et pour dessert, il y avait du sirop d'érable et de la crème, des
beignes et du gâteau aux fruits ou plus tard la fameuse bûche de Noël .